La violence éducative ordinaire

22 février 2017, une proposition de loi pour modifier l’article 371-1 du code civil et interdire « les
punitions corporelles ou châtiments corporels, les souffrances morales, ou toute autre forme
d’humiliation envers son enfant » a été déposée.

La violence éducative ordinaire (VEO), que pouvons-nous mettre sous ce terme ?

– Les violences physiques : fessée, gifle, oreille tirée, tape sur la main, pincement,
cheveux tirés…
– Les violences verbales : cri, hurlement…
– Les violences psychologiques : chantage, menace, moquerie, dénigrement,
humiliation, culpabilisation, retrait d’amour, menace d’abandon, isolement…
– Négligences et privations : privation de nourriture, de soins, d’affection, absence
de communication…

Les adultes mettent en place des mécanismes de violence éducative ordinaire dès
lors qu’ils se sentent supérieur à l’enfant, qu’ils se sentent en situation d’impuissance
ou qu’ils éprouvent le besoin d’exprimer leur autorité afin de soumettre autrui.

Ces mécanismes sont ancrés dans la société et se répètent depuis des millénaires.
Les adultes exerçant un pouvoir sur les enfants qu’ils considèrent comme légitime.

Les châtiments corporels (coups, enfermements, …), sont en tête des recommandations
non verbales transmises de coups d’adultes à corps d’enfants. La
situation d’autorité légitimise la situation aux yeux de l’enfant. Il pourra alors
rationaliser le fait que ses actes sont à l’origine des châtiments subits et que ceux-ci
vont l’aidé à « devenir quelqu’un ». Devenu adulte, l’enfant pourra alors mettre en place des
mécanismes de reproduction des situations vécues.

Qu’est-ce qu’éduquer ?

L’ensemble nos valeurs, nos idéaux, nos attentes, nos peurs, l’éducation que nous
avons reçus ont des représentations qui vont influencer l’éducation que nous
donnerons à nos enfants. Mais cette éducation, nourrie de notre expérience, ne tient
pas forcément compte de la personnalité propre de l’enfant. L’éducation d’un enfant
doit l’aider à devenir un être libre et unique, à développer sa personnalité, à prendre
sa place dans notre monde. Cette éducation devant être nourrie par notre regard sur
notre passé et adaptée à l’enfant dont nous assumons la responsabilité.

Nous devons nous poser la question de ce que nous voulons transmettre aux adultes
de demain.

Que se passe-t- il pour l’enfant qui aura subit ces abus  ?

Cette violence éducative quotidienne va progressivement, neutraliser les possibilités
d’éveil chez l’enfant, le priver de sa liberté d’expression, inhiber sa créativité,gommer,
peut-être à tout jamais, la possibilité pour cet enfant de laisser éclore sa personnalité.
Il grandit dans la crainte, la peur, l’insécurité face à ses contemporains. Cet enfant
humilié, bafoué deviendra un adulte blessé fragilisé.

Et pour cet enfant devenu adulte ?

Il semble évident que les enfants, mis en situation de violence éducative ordinaire
développent de grandes capacité de résilience pour grandir comme les autres et être
un adulte d’allure équilibré. Cet adulte va inconsciemment dépenser une grande
énergie pour enfouir ses blessures du passé. Il pourrait arriver que, malgré lui, ces
blessures refassent surface.

Les symptômes liés à ces traumatismes surviennent au détour de situations
qui pourraient sembler anodines (un mot, un phrase, une circonstance…).L’ adulte du
moment se retrouve projeté dans un espace-temps de son enfance, cet espace de vie
où il était dans l’impuissance l’incapacité d’agir pour se protéger.
Il découvre que les adultes auxquels il faisait confiance, l’on maltraité,
humilié, se sont servi de lui. Il ressent tout cela malgré lui. Oui il a été maltraité.
Peut-être l’est-il encore ? Peut-être l’êtes-vous encore ?

Vous reconnaitrez peut-être ses signes :

– Évitement : phobie, alcoolisation à certaines périodes de la journée correspondant
à des heures de violences subies, crises de panique, douches à répétition…
– Contrôle
– Conduites à risque pour éviter de revivre l’événement traumatique.
– La personne est déconnectée de ses émotions et du stress : elle est comme
anesthésiée et en dehors d’elle-même (en mode automatique).

Comme cela pourrait se traduire au quotidien

– Ne pas oser se montrer,
– Ne pas oser avancer,
– Les difficultés à s’engager,
– Les difficultés à faire confiance ou trop faire confiance à une personne qui
vous montrerait de l’intérêt ?
– Ne pas oser dans le travail, s’effacer, …
– Se sentir incapable de …

Il ne s’agit pas ici de faire un diagnostic. Si cette lecture vous fais vous interroger, si
la manifestation de ces signes devient envahissante vous avez la possibilité de
contacter un thérapeute qui saura vous aider à analyser les raison de ce que vous
ressentez.

Quelques chiffres pour la France  :

– 22,4% des adultes ont subi des violences physiques dans l’enfance.
– 36,3% ont subi des violences psychologiques et 16,3% des négligences graves.
– 87 % des parents français admettent exercer des violences physique sur leurs
enfants.
– 99% des parents français ont recours à des menaces verbales et/ou
psychologiques.
– 18% des filles et 7% des garçons ont subi des violences sexuelles.
– 125 000 viols par an sont exercés sur des jeunes filles mineures, 30 000 viols
sur des garçons. Les violences sexuelles sont celles qui ont le plus d’impact sur
la santé et les principales victimes des violences sexuelles sont les mineurs.
– Le risque de subir des violences est multiplié par 4 pour les enfants en situation
de handicap.
– Le plus souvent, les violences infligées aux enfants le sont par des personnes de
l’entourage proche.
– Au bout de 50 ans, le facteur déterminant de la santé (mentale et physique) d’un
enfant qui a subi des violences et qui n’a pas été pris en charge est le cumul des
différentes formes de violence. Un enfant victime de différentes sortes de
violence a 20 ans d’espérance de vie en moins.
– Le facteur de risque le plus important pour subir des violences à l’âge adulte est
d’en avoir subi dans l’enfance. Le facteur de risque le plus important pour
commettre des violences à l’âge adulte est d’en avoir subi dans l’enfance.
– 83% des victimes de violences aggravées affirment n’avoir été ni
reconnues ni protégées. Pourtant, à partir du moment où il y a prise en charge
et soins, on évite la majeure partie des conséquences de ces violences.

A lire :

– C’est pour ton bien : Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant – Alice
Miller (Auteur), Jeanne Etoré (Traduction)
Alice Miller : le drame de l’enfant doué, …
www.francetvinto.fr
http://www.oveo.org

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